Un poignard taillé dans un morceau de plexiglas, trois incendies en une même journée, des projections d’urine : les surveillants du centre de détention de Villenauxe-la-Grande ont décidé de ne plus se taire. Dès 6 heures du matin, jusqu’à 75 des 150 agents de l’établissement ont participé à une mobilisation organisée par le syndicat UFAP-UNSA Justice pour dénoncer des violences devenues régulières.
Un agent blessé, des incendies à répétition
Les faits rapportés par le syndicat sont précis et graves. Un détenu aurait fabriqué une arme artisanale à partir d’un fragment de plexiglas aiguisé et s’en est pris à un surveillant. Seul son plastron de protection lui a évité une blessure au thorax. La semaine précédant la mobilisation, le même détenu aurait provoqué trois incendies dans sa cellule en une seule journée, contraignant les agents à intervenir dans des fumées toxiques.
À ces incidents s’ajoutent des bagarres entre détenus chaque semaine, auxquelles les personnels doivent mettre fin, s’exposant eux-mêmes aux coups. Le syndicat évoque également des pressions liées au trafic : lorsqu’un détenu ne règle pas ses dettes, les menaces se répercutent sur d’autres détenus, leurs familles, mais aussi sur les agents.
détenus identifiés comme fauteurs de troubles et dont le transfert est demandé
surveillants mobilisés sur 150 au total
On a 15 fauteurs de troubles sur un établissement de 600. Ce n'est pas la mer à boire, on ne demande pas la lune. On les a listés. On a donné cette liste à l'administration ce matin.
Un quartier disciplinaire hors service
La situation dépasse la simple accumulation d’incidents. Le quartier disciplinaire de l’établissement est aujourd’hui inutilisable : des détenus y ont arraché les fenêtres, inondé les cellules et mis le feu. Le syndicat précise que ces comportements violents ont été signalés à plusieurs reprises depuis des mois.
Le syndicat pointe également un problème de profil : selon l’UFAP-UNSA Justice, certains détenus incarcérés à Villenauxe relèvent du crime organisé, du grand banditisme ou même du terrorisme. Des profils qui, selon les représentants du personnel, n’auraient pas dû être orientés vers cet établissement de zone rurale. Un engagement avait été pris en ce sens par la direction de l’administration pénitentiaire, affirme le syndicat, mais il n’aurait pas été tenu.
Des jeunes recrues qui veulent déjà partir
Le contexte aggrave encore la tension. L’établissement avait dû réduire sa capacité d’accueil de 600 à 400 détenus, faute de personnels suffisants. L’an dernier, l’arrivée d’une cinquantaine de jeunes surveillants issus de l’École nationale d’administration pénitentiaire avait permis de réouvrir l’un des bâtiments et retrouver la pleine capacité. Mais une partie de ces agents, à peine titularisés, demandent déjà à être mutés ailleurs.
La revendication principale du syndicat est claire : le transfert rapide des quinze détenus listés et remis à l’administration dès le matin de la mobilisation. Trois d’entre eux auraient déjà été transférés. Le mouvement, prévu pour une journée, pourrait être reconduit si aucun calendrier précis n’est arrêté pour les départs restants.
On espère le départ très rapide de ces individus afin de retrouver un mode de fonctionnement plus apaisé, mais aussi permettre de rénover, restaurer le quartier disciplinaire qui a été complètement dégradé.
Un épisode récent illustre la dégradation du climat à Villenauxe : Villenauxe-la-Grande : une surveillante agressée et une cellule incendiée au centre de détention
