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Le défi de Cristal Union pour sauver la récolte suite à la sécheresse

Technicien en veste orange et casque bleu consultant un plan dans le hall industriel de la sucrerie Cristal Union

Face à une sécheresse historique qui menace jusqu’à 12 000 hectares de betteraves dans l’Aube, la sucrerie Cristal Union d’Arcis-sur-Aube a bouleversé son processus de transformation en moins de dix jours. Pour la première fois depuis 1964, le site a démarré sa campagne sans produire une seule tonne de sucre.

Démarrer une sucrerie sans produire de sucre : l’image résume à elle seule l’ampleur de la crise. Depuis la création du site de Cristal Union à Arcis-sur-Aube en 1964, rien de tel ne s’était produit. La sécheresse et la chaleur de l’été 2026 ont frappé les 34 000 hectares ( dont près de 28 000 pour l’Aube) de culture betteravière permettant d’alimenter le site  avec une violence inédite. Entre 10 000 et 12 000 hectares pourraient se révéler inexploitables.

Les betteraves malades ne sont pas simplement petites. Les galeries creusées par les charançons ont ouvert la voie au rhizopus, un champignon qui colonise les racines et les rend impropres à toute transformation. Celui-ci se développe principalement lors des épisodes de forte chaleur. Résultat : une part importante des parcelles est touchée.

Une betterave malade inexploitable pour en faire du sucre.
Une betterave malade inexploitable pour en faire du sucre.

Dix jours pour tout réinventer

Les premiers signaux d’alerte sont apparus en août. En moins d’une semaine, la direction a pris une décision radicale : avancer la campagne de quatre jours et revoir de fond en comble le processus industriel. Personnel rappelé plus tôt que prévu, saisonniers mobilisés d’urgence, moitié des équipements mis en veille — la sucrerie s’est réorganisée à marche forcée.

La stratégie adoptée repose sur un tri rigoureux selon le niveau de dégradation des betteraves. Celles dont l’altération reste inférieure à 20 % seront transformées en sucre, selon le procédé habituel. Entre 20 et 30 % de dégradation, elles seront orientées vers la production d’alcool. Au-delà, des solutions sont encore à l’étude.

12000

hectares potentiellement inexploitables

1400

adhérents approvisionnant la sucrerie

3000

euros de perte par hectare non récolté

30

% seulement des producteurs couverts par une assurance

C'est complètement inédit, c'est nouveau. On a vraiment re-réfléchi le fonctionnement de notre unité pour transformer un maximum de betteraves dégradées et sauver un maximum de la récolte de nos adhérents.

Thibaut Vaissière, Directeur du site – Cristal Union Arcis-sur-Aube

La course pour transformer un maxium de betteraves

Pour freiner les effets négatifs du rhizopus, Cristal Union a également modifié les règles d’arrachage. Habituellement, les betteraves peuvent rester en tas une semaine à dix jours avant d’être enlevées. Cette année, la consigne est claire : arracher au maximum 48 heures avant l’enlèvement, afin de limiter la dégradation entre le champ et l’usine.

Une contrainte logistique supplémentaire pour les agriculteurs, déjà confrontés à l’incertitude sur leurs dates de récolte et sur leur rémunération finale. Les prix sont fixés avant le début de la campagne, mais la quantité et la qualité livrées restent inconnues.

Les camions de betteraves arrivent à Cristal Union.
La récolte de betteraves en transit pour être transformées en sucre ou en alcool.

C'est un séisme économique mais aussi un séisme psychologique. Un agriculteur aujourd'hui qui fait 20 hectares a une perte financière, s'il ne la récolte pas, d'environ 60 000 euros. Ils sont dans un désarroi le plus total.

Bertrand Languillat, Président – Confédération générale des betteraviers de l'Aube

Un désarroi qui dépasse la culture de la betterave

La betterave n’est pas la seule victime. Chanvre, maïs, tournesol : toutes les cultures de l’Aube ont subi la sécheresse. Pour de nombreux exploitants, c’est l’ensemble de l’année agricole qui s’effondre. Seulement 30 % des producteurs sont couverts par une assurance, selon le président de la confédération des betteraviers de l’Aube (CGB).

Des négociations sont déjà engagées avec les assureurs et l’État pour tenter de contenir les pertes. Mais les impasses de trésorerie s’annoncent sévères pour beaucoup. La campagne de collecte dure habituellement une centaine de jours. Cette année, personne ne sait quand elle s’achèvera.

À retrouver ce soir à 22h, l’émission L’Heure Éco spéciale sur le sujet.

Pour comprendre l’ampleur de la crise agricole dans l’Aube cette année : Sécheresse : les agriculteurs face à une année noire

Sécheresse : les agriculteurs face à une année noire