Céréales en berne, betteraves impropres à la consommation, fourrages introuvables : la sécheresse 2026 laisse des traces profondes dans les exploitations de l’Aube. Les syndicats agricoles du département la comparent sans hésiter à 1976, l’une des pires années climatiques de l’histoire agricole française. Et ils l’affirment clairement : les aides annoncées par l’État ne sont pas à la hauteur.
Des pertes records dans toutes les filières
Aucune production n’est épargnée. En élevage, les récoltes de fourrage accusent un recul de 25 à 30 %. Les céréales affichent des pertes comprises entre 30 et 50 %, parfois bien davantage. Certains exploitants ont perdu les trois quarts de leur récolte. Du côté du maraîchage, du chanvre et du maïs, les rendements sont divisés par dix.
La situation des betteraviers est particulièrement préoccupante. Une part significative des betteraves est devenue impropre à la consommation, avec des taux de perte pouvant atteindre 60 à 80 % selon les parcelles. Les colzas semés récemment sont déjà attaqués par des punaises. Et les quelques millimètres de pluie tombés ces derniers jours n’y changent rien : « Ça ne permettra pas à une plante de lever et de se développer », résume sobrement Valentin Enfert président des Jeunes Agriculteurs de l’Aube.
exploitations agricoles dans l’Aube
exploitations retenues pour l’aide d’urgence de l’État
euros maximum d’aide par exploitation (plafond)
Un chèque de 10 000 euros face à des pertes de 200 000€
Le 4 septembre, le gouvernement a annoncé un plan d’aide dépassant le milliard d’euros à l’échelle nationale. Le Grand Est se voit attribuer plus de 17 millions d’euros. Dans l’Aube, 115 exploitations parmi les plus fragilisées devraient recevoir, début octobre, une aide plafonnée à 10 000 euros.
Pour les syndicats, la mesure est symbolique au mieux. Sur 3 000 exploitations dans le département, seules 115 seraient éligibles. Et le montant versé reste dérisoire face aux pertes réelles.
Quand on a un trou de trésorerie de 50 000 à 200 000 euros, c'est vraiment qu'un verre d'eau dans une rivière asséchée.
Des mesures structurelles plutôt que des rustines
Au-delà de l’urgence, les syndicats réclament des dispositifs pensés sur le long terme. Parmi leurs demandes : le décalage des annuités bancaires sans agios supplémentaires, la suspension des cotisations MSA, et la possibilité de récolter en priorité sur les zones de jachères des fourrages dès l’année prochaine pour reconstituer les stocks des éleveurs.
Entre 5 000 et 15 000 hectares pourraient être retirés de la production dans l’Aube et en Haute-Marne, faute de rentabilité suffisante pour poursuivre l’exploitation.
115 exploitations alors qu'on en a 3 000 dans le département, on va forcément laisser des gens sur le côté.
Une cellule sécheresse, une troisième réunion en vue
Une troisième rencontre avec le préfet de l’Aube est d’ores et déjà programmée dans le cadre de la cellule sécheresse. Les syndicats entendent peser sur les décisions à venir, en insistant sur la nécessité de mesures capables de rééquilibrer durablement les comptes des exploitations. Pour ces syndicats, la crise actuelle s’inscrit dans une accumulation : « En 2016, c’était la première année mauvaise qu’on faisait. On les cumule depuis plusieurs années. » Reboucher les trous, disent-ils, prendra du temps. Beaucoup de temps.
Pour comprendre l’ampleur de la crise climatique sur l’agriculture auboise cette année : Une année qui bouscule les modèles agricoles
