Quatre années sur cinq qualifiées de mauvaises, des rendements réduits à un quart dans certaines zones, une production laitière en chute d’un tiers : la campagne agricole 2026 dans l’Aube restera dans les mémoires. Alain Boulard, président de la chambre d’agriculture, installé en polyculture élevage depuis 1981, dit n’avoir jamais vu des moissons se terminer aussi tôt.
Un département coupé en deux
Le bilan de la campagne est d’abord géographique. Dans le nord de l’Aube, les terres de champagne crayeuse ont joué leur rôle d’éponge : elles ont absorbé les excès de pluie du printemps pour les restituer lors des pics de chaleur. Les récoltes y sont jugées quasi normales. Le sud du département, en revanche, raconte une autre histoire.
Les zones dites « intermédiaires », qui s’étendent de Soulaines au Pays d’Othe, concentrent les difficultés. Là, les terres argileuses de champagne humide se sont gorgées d’eau avant de se craqueler au premier épisode sec. Résultat : les rendements y sont tombés à la moitié, voire au quart des niveaux habituels.
épisodes de fortes chaleurs successifs en 2026
degrés Celsius atteints dans certains élevages
Les éleveurs en première ligne
À 42 degrés, les vaches ont eu du mal à réguler leur température corporelle, même avec brumisation et ventilation. Les vêlages se sont compliqués.
Les pauvres vaches, elles tiraient une langue, elles bavaient, elles avaient du mal à se réguler. À 42 degrés, elles sont comme nous. On avait beau avoir de la brumisation, de la ventilation, des animaux qui vèlent avec beaucoup de difficultés. Pour nous, ça a été une baisse d'un tiers de la production de lait sur cette période-là.
Moissons interrompues, risque incendie généralisé
La multiplication des incendies a constitué l’autre fait marquant de la campagne. Face au risque, le préfet de l’Aube a pris une mesure sans précédent : l’interdiction des travaux de moisson, de pressage et de broyage entre 13h et 18h. Une décision que les agriculteurs comprennent sur le fond, mais qui crée une difficulté pratique : ce sont eux, présents dans les champs, qui sont souvent les premiers à pouvoir contenir un départ de feu.
Alain Boulard s’inquiète également pour la viticulture. Les raisins sont décrits comme très petits cette année, et les techniciens viticoles se montrent pessimistes quant aux rendements à venir.
La chambre d'agriculture cherche de nouveaux modèles
Face à cette accumulation de mauvaises campagnes, la chambre d’agriculture Aube-Marne passe à l’action. Elle a décidé de recruter deux personnes chargées d’identifier des modèles économiques alternatifs pour les exploitations les plus fragilisées, notamment dans les zones intermédiaires du sud du département. La première prise de poste est prévue le 3 août.
Des diversifications qui pourraient permettre aux agriculteurs de ne plus dépendre uniquement des aléas climatiques. Pendant ce temps, la filière chanvre poursuit son développement avec la construction d’une deuxième usine de transformation à la limite de la Marne et des Ardennes, et la filière luzerne enregistre une amélioration.
Dans les solutions que l'on connaît, ça peut être la construction d'un poulailler, ça peut être faire du photovoltaïque au sol. La chambre d'agriculture Aube Haute-Marne, on a décidé d'embaucher deux personnes, justement, essayer de trouver d'autres modèles pour l'agriculture.
La filière chanvre, elle, continue de progresser malgré le contexte : une deuxième usine de transformation est en cours de construction à la limite de la Marne et des Ardennes, signe que certains secteurs de l’agriculture auboise trouvent des voies d’adaptation.
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