L’idée est née deux ans plus tôt, lors d’une visite du musée. Marie Ramon découvre alors la manière dont les collections sont organisées par courants picturaux. « J’ai beaucoup aimé comment ils avaient classé le musée par courant artistique. L’art de la peinture et l’art de la mode, tout se ressemble. », raconte-t-elle. Elle imagine alors un défilé qui ferait se rencontrer les deux univers.
À chaque peinture, je voyais une robe.
Des tableaux en mouvement
Pour donner vie au projet, Marie Ramon s’est entourée d’un collectif de créateurs. Chacune a travaillé autour d’un courant artistique, avec son propre univers.
Anaïs Merat en collaboration avec Anne Veyrier a notamment confectionné des tenues inspirées de tableaux. La maquilleuse Émilie Martins et le coiffeur Marc-Antoine Lemasson ont travaillé autour du fauvisme, tandis que la modiste et styliste Sarah Dollé s’est intéressée au cubisme et aux arts africains. L’institutrice et créatrice Émilie Pate a participé à la représentation d’un tableau figuratif. Marie Ramon a, de son côté, choisi l’impressionnisme.
Ce dimanche, dans les jardins du musée, le défilé, d’une durée d’une heure vingt, était accompagné par la soprano Magali Lucie , la pianiste Nina Mamone, Jean Baptiste Goumard aux congas. L’ensemble proposait au public une autre manière de regarder les œuvres, mises en mouvement et incarnées.
Faire revivre les vêtements anciens
Derrière le spectacle, il y a aussi la passion de Marie Ramon pour les vêtements d’époque, notamment des années 1960 à 1990, voire plus anciens. Elle les chine, les redécouvre et les fait défiler. La plupart sont réalisés à la main, notamment en soie ou en lin.
« Tout ça, ça raconte le passé et ça raconte l’excellence. C’était l’emblème : chaque petite couturière faisait sa propre robe. Et elle y prenait plaisir, elle y mettait du cœur. »
Moi, ce que j’aime, c’est le vêtement et j’adore les tissus. Je vis ma passion et je la partage.
Pour elle, ces vêtements sont aussi des objets d’art. Ils témoignent d’une époque où les pièces étaient souvent confectionnées comme des pièces uniques, avec une attention particulière portée aux tissus et à la couture.
Un projet collectif
Le défilé repose enfin sur un important travail collectif. Les mannequins étaient bénévoles et certaines n’avaient jamais défilé auparavant. Au total, une soixantaine de femmes et un homme ont participé au défilé, tandis que huit personnes ont contribué à son accompagnement artistique et musical.
Pour Marie Ramon, le succès du rendez-vous tient d’abord au plaisir partagé. Après le spectacle, elle se dit « très satisfaite ». « Quand tout le monde est heureux, je suis heureuse. Tout le monde était beau. Tout le monde était joyeux. » Près de 400 personnes ont assisté à ce défilé.
Depuis dix ans, elle organise un défilé par an, toujours dans des lieux qu’elle choisit pour leur histoire et leur beauté, comme la mairie de Troyes ou les Compagnons du devoir. Avec « Cousu, décousu », elle poursuit cette volonté de mêler les disciplines et de faire revivre, le temps d’un spectacle, des vêtements perçus comme des œuvres d’art.