Ils étaient environ 200 ce lundi matin à Buchères, réunis face à la lanterne des morts pour ne pas oublier. 82 ans après le massacre du 24 août 1944, la cérémonie commémorative a rassemblé habitants, élus, porte-drapeaux et, surtout, trois rescapés. Trois témoins directs d’un acte de barbarie commis par des soldats SS en retraite pendant la Seconde Guerre mondiale, qui avaient alors tué 67 civils.
Des blessures qui ne cicatrisent pas
Sur le monument imposant, les 67 noms gravés dans la pierre rappellent l’ampleur du drame. Mais la mémoire de ce jour noir n’est pas que minérale. Certains de ceux qui ont survécu portent encore, littéralement, les traces du massacre. Parmi les témoins présents, plusieurs gardent dans leur chair le souvenir douloureux de ce jour.
L’une d’elles a évoqué la mort de son petit frère, tué sous ses yeux ce jour-là. Une autre a raconté les dernières paroles de sa mère, qui la croyait morte : « Pauvre Michelle », avait-elle murmuré en voyant sa fille blessée. Des récits que les années n’ont pas effacés.
Une cérémonie solennelle en présence d'élus
La matinée a suivi un protocole solennel : cérémonie religieuse, recueillement sur les tombes des victimes, puis rassemblement au monument. Le maire de Buchères, le sous-préfet de l’Aube et plusieurs élus locaux avaient fait le déplacement. Un cortège qui, chaque année, mesure l’érosion du temps.
Car si la mobilisation reste forte, certains participants notent une fréquentation en légère baisse d’une année sur l’autre. Le vieillissement des témoins directs pèse sur les commémorations : l’un d’eux est décédé dans l’année écoulée, rappelant l’urgence de transmettre.
« C’est de maintenir la mémoire collective et notamment envers les plus jeunes, parce que malheureusement on s’aperçoit qu’il y a un petit peu moins de monde d’année en année, alors les anciens disparaissent et c’est là qu’il est important de maintenir ce souvenir auprès des plus jeunes, parce qu’il ne faut pas que ça soit renouvelé justement, que ça n’existe pas. ».
civils massacrés le 24 août 1944 à Buchères
Transmettre aux plus jeunes, un impératif
La présence d’enfants portant l’écharpe du conseil municipal junior de Buchères, chargés de déposer une gerbe tricolore au pied du monument, illustre cette volonté de passage de témoin. Pour beaucoup de participants, revenir chaque année n’est pas une obligation mais un besoin, presque viscéral. « Je ne loupe pas une seule fois sauf quand je suis malade », confie l’une des rescapées. « J’ai un besoin de revenir. »
Tant que des survivants peuvent encore prendre la parole, Buchères continuera de porter ce souvenir. Le jour où les derniers témoins directs ne seront plus là, ce sera aux générations suivantes d’assurer la relève — un défi que la commune prend déjà à bras-le-corps.
L’an dernier, Buchères avait déjà commémoré ce massacre lors d’une cérémonie marquant le 81e anniversaire : Buchères commémore le 81ème anniversaire du massacre de 1944
