Un mail en apparence banal, une somme dérisoire à régler, et tout bascule. Le 1er juillet, une retraitée de la fonction publique de l’Aube, présentée sous le prénom d’emprunt Danièle pour préserver son anonymat, clique sur un message frauduleux lui indiquant qu’un colis n’a pu être livré. Pour le recevoir à une nouvelle adresse, elle doit payer un supplément. Elle s’exécute et saisit ses coordonnées bancaires.
Le scénario n’est pas anodin : quelques mois plus tôt, elle avait réellement eu du mal à se faire livrer un colis similaire. Ce souvenir suffit à désamorcer sa vigilance. « Je me suis dit, je ne vais pas les mettre en difficulté, cette somme-là elle est ridicule », explique-t-elle. Les fraudeurs, eux, ne s’arrêtent pas là.
Un faux conseiller bancaire au bout du fil
Profitant d’un dimanche, alors que son agence est fermée, les escrocs effectuent plusieurs retraits sur son compte. Deux jours plus tard, elle reçoit un appel présenté comme émanant du service de sécurité de sa banque. La voix lui annonce que son plafond de virement journalier vient d’être porté à 5 000 euros et qu’une bénéficiaire tierce a été ajoutée à son compte.
Les fraudeurs la recontactent encore, invoquant une urgence : il faudrait ses codes personnels pour stopper les prélèvements. « Pour me débarrasser de tout ça et mettre fin à ce cauchemar, je leur ai donné les fameux codes personnels », confie-t-elle. Une nouvelle carte bancaire lui est même annoncée en cours d’envoi, là encore, par les escrocs.
euros de plafond de virement journalier fixé frauduleusement par les escrocs
Le spoofing, une technique rodée
La technique employée porte un nom : le spoofing. Elle consiste à usurper, sur l’écran du téléphone de la victime, le numéro d’un interlocuteur de confiance — en l’occurrence celui du conseiller bancaire. Pour la directrice départementale adjointe de la police nationale de l’Aube, il ne s’agit pas d’un cas isolé.
Cela consiste à pouvoir usurper dans votre téléphone les numéros qui les intéressent et notamment les numéros de téléphone de vos conseillers bancaires. Rien ne vous empêche de raccrocher et d'appeler vous-même la banque.
Elle rappelle également qu’aucun conseiller ne demandera jamais un code de carte ou un identifiant de compte par téléphone. « Votre cerveau doit se mettre en alerte en se disant : est-ce que je ferais ce que je suis en train de faire si je n’étais pas pressée, si je n’étais pas dans l’urgence ? »
SE SENTIR COUPABLE d’être une victime
Consciente de l’arnaque, Danièle contacte sa banque puis se rend au commissariat. La gêne, d’abord. « Ces victimes se sentent parfois un peu ridicules de s’être faites piéger alors qu’elles ont du discernement », reconnaît le commissaire Amargil. L’accueil des policiers l’a soulagée : « Il m’a dit, ça aurait pu m’arriver à moi aussi parce qu’ils sont tellement forts maintenant. »
Elle a depuis fait opposition sur sa carte, déposé plainte et contacté sa conseillère bancaire. Si elle accepte de témoigner aujourd’hui, c’est pour une seule raison : « Je veux faire prendre conscience aux gens qu’ils peuvent se faire arnaquer et dépouiller de leurs économies en un clic. En fait, il y a des systèmes de sécurité, mais les failles, c’est nous. »
Que faire en cas d'arnaque ?
La police nationale de l’Aube encourage toute victime à déposer plainte sans attendre, en apportant les numéros de téléphone utilisés par les fraudeurs, le descriptif physique des éventuels intermédiaires et tout élément de preuve disponible. Dans certains cas, des coursiers se déplacent physiquement pour récupérer la carte bancaire de la victime : un signal d’alarme à ne jamais ignorer.
La Gendarmerie de l’Aube a également lancé une alerte récente sur une vague d’escroqueries bancaires similaires dans le département : Escroquerie bancaire : l’appel à la vigilance de la Gendarmerie de l’Aube
