C’est une pièce rare, vieille de 110 millions d’années, que des bénévoles ont sortie des sédiments du lac d’Orient en décembre dernier. Lors de la vidange du lac, l’EPTB Seine grands lacs a autorisé dix membres de l’Association géologique auboise à mener une journée de prospection. Résultat : une vertèbre de pliosaure, identifiée sans ambiguïté par deux paléontologues du Muséum national d’histoire naturelle de Paris après analyse d’un scan de la pièce.
Deux autres vertèbres avaient été extraites suite à une prospection menée il y a près de trente ans.
C'est l'euphorie, parce que trouver quelque chose comme ça, pour des amateurs, c'est quelque chose d'exceptionnel. Et la première chose qui vient à l'esprit, c'est la faire identifier.
Un prédateur marin de 15 à 20 mètres dans l'Aube
Le pliosaure était un reptile marin aux dimensions impressionnantes : jusqu’à 15 à 20 mètres de long, équipé d’une colonne vertébrale composée de 72 vertèbres. À l’époque de sa présence dans la région, la mer traversait la France de part en part, offrant à ces prédateurs un vaste territoire de chasse — ammonites, mollusques et autres invertébrés marins.
La fossilisation reste un phénomène d’une rareté extrême. Selon Marc Thonon, on estime qu’un seul animal sur un million laisse une trace fossile. Ce qui rend chaque découverte d’autant plus précieuse.
millions d’années : âge estimé de la vertèbre de pliosaure
vertèbres de pliosaure découvertes dans l’Aube
membres adhérent à l’Association géologique auboise
L'Aube, référence mondiale des géologues
Ce que peu d’Aubois savent, c’est que leur département est une référence internationale en géologie. En 1842, le naturaliste Alcide d’Orbigny désignait déjà l’Aube comme la référence mondiale de l’Albien — cette période géologique comprise entre 100 et 113 millions d’années, juste après le Jurassique. Depuis lors, les géologues du monde entier connaissent le département pour la richesse et la diversité de ses strates.
Marc Thonon parle d’un « tas millefeuille » : du Nord au Sud du département, ce sont 135 millions d’années d’histoire géologique qui s’empilent sous les champs et les forêts aubois.
L'Aube est un tas millefeuille et c'est une chance pour les géologues, vous avez 135 millions d'années d'histoire géologique.
Des chantiers d'éoliennes aux fouilles du lac : des occasions inattendues
Depuis cinquante ans, l’Association géologique auboise profite de toutes les occasions pour prospecter : chantiers d’éoliennes, de méthaniseurs, de réseaux d’eau. Ces travaux de terrassement mettent à nu des couches que l’érosion naturelle n’aurait pas exposées avant des siècles. La vidange du lac d’Orient s’inscrit dans cette logique d’opportunité.
La prospection de décembre a également livré des fossiles plus courants : crabes, calamars, mollusques. Des pièces moins spectaculaires, mais qui contribuent à reconstituer l’écosystème marin qui occupait le territoire aubois.
La vertèbre de pliosaure devrait prochainement rejoindre les collections du Muséum d’histoire naturelle de Troyes. Marc Thonon, lui, nourrit un projet plus ambitieux : la création d’un géoparc qui permettrait de valoriser l’ensemble de ce patrimoine géologique encore largement méconnu du grand public.
Le sous-sol et le ciel aubois réservent parfois des surprises : Un hélicoptère drôlement équipé au-dessus de l’Aube ce mercredi matin
