Un petit canard brun élevé dans l’Aube, relâché dans les zones humides de Pologne. Derrière ce voyage improbable, un éleveur passionné et un programme de conservation international qui, depuis 2024, s’appuie notamment sur son élevage amateur pour tenter de sauver le fuligule nyroca, espèce classée vulnérable à l’état sauvage.
Romain Lesserteur est le seul éleveur capacitaire du département à participer au projet Nyroca. Parmi une dizaine de partenaires mobilisés en France, il fournit des oiseaux nés dans ses installations à Aviornis France International, association reconnue d’utilité publique qui œuvre à la conservation des espèces non domestiques.
Un canard plongeur aux yeux clairs, menacé par l'assèchement des zones humides
Le fuligule nyroca est un petit canard plongeur discret. Le mâle se distingue par ses yeux clairs. Son déclin tient à deux causes principales : la destruction et l’assèchement des zones humides, et une pression de chasse dont l’impact reste difficile à quantifier précisément.
Dans ses installations, Romain Lesserteur détient près d’une centaine d’oiseaux appartenant à plusieurs espèces rares. Aux côtés du fuligule nyroca figurent le tragopan de Cabot, le pigeon nicobar — plus proche parent du dodo — ou encore des espèces aujourd’hui plus nombreuses en captivité qu’à l’état sauvage.
Personnellement, c'est une gratification. Vous imaginez, mon petit élevage amateur dans l'Aube qui va envoyer des oiseaux à l'international pour soutenir une espèce qui est menacée.
Quarantaine, baguage et GPS : un protocole scientifique rigoureux
Avant de rejoindre la Pologne, chaque oiseau traverse deux périodes de quarantaine imposées par les contraintes sanitaires liées à la grippe aviaire. Une fois bagués, les canards sont suivis par des ornithologues de l’université polonaise partenaire du projet.
Nouveauté, des balises GPS ont été ajoutées au dispositif pour tracer les déplacements des oiseaux relâchés dans la nature. Le coût de chaque balise, environ 1 000 euros, limite leur déploiement à un nombre restreint d’individus. Les premiers relâchers ont débuté en 2024, en partenariat avec plusieurs établissements zoologiques.
Ce sera la troisième année que je fournirai des jeunes depuis que j'ai commencé. L'année dernière, par exemple, il y a eu 45 oiseaux qui ont été relâchés, 40 provenaient de France. Cette année, la grande nouveauté, c'est qu'on a ajouté des balises GPS.
relâchers prévus sur cinq ans, objectif déjà atteint
euros par balise GPS de suivi
Un programme au-delà de ses objectifs initiaux
Le projet Nyroca prévoyait une centaine de relâchers sur cinq ans. Cet objectif est déjà atteint. Le programme devrait néanmoins se poursuivre au-delà de cette première étape.
Pour Romain Lesserteur, l’ambition va plus loin que le seul fuligule nyroca. Il évoque un réservoir génétique en captivité capable, un jour, de servir à d’autres espèces menacées. Une perspective qu’il formule sobrement, en citant l’ara de Spix ou le faisan du Vietnam — des espèces déjà éteintes à l’état sauvage que la captivité maintient en vie.
On a des espèces en captivité qui sont plus nombreuses en captivité qu'à l'état sauvage. Et des fois, on a même des espèces qui sont éteintes à l'état sauvage. On a un petit réservoir génétique pour pallier. Si un jour on pouvait le faire pour d'autres espèces, on le fera volontiers.