Une veste verte, des cheveux gris, un dos tourné. Depuis fin juin, les toiles de François Jessionnesse ornent les murs du restaurant L’Illustré, en bas de la rue Champeaux, en plein cœur du Vieux-Troyes. Une vingtaine de peintures, toutes habitées par cette même signature : des personnages saisis de dos, qui ne livrent rien — ou presque.
Le mystère comme parti pris
Le choix de ne jamais montrer les visages n’est pas un accident. Pour François Jessionnesse, c’est une philosophie. Chaque toile devient un espace ouvert à l’interprétation du spectateur. Que pense cette femme assise ? Que dit-elle ? Chacun construit son propre récit face à la silhouette immobile. « Il ne se passe pas grand chose dans l’attitude, mais pour moi ça dit beaucoup », confie l’artiste.
La démarche séduit. Plusieurs tableaux ont déjà trouvé preneur depuis l’ouverture de l’exposition, signe que le public du restaurant adhère à cet univers à la fois figuratif et suspendu.
C'est essentiellement des personnages de dos, parce qu'en réalité chacun imagine un petit peu ce qu'il veut. Souvent des femmes, alors qu'est-ce qu'elle dit, qu'est-ce qu'elle pense, qu'est-ce qu'elle fait, chacun imagine un petit peu son scénario.
Le bleu comme couleur de prédilection
L’œil averti remarquera rapidement la dominante colorée qui traverse l’ensemble des toiles. François Jessionnesse revendique une attirance marquée pour les teintes froides, et le bleu en particulier. « On me demande souvent pourquoi je mets du bleu, parce que c’est ma couleur favorite », reconnaît-il, sans chercher à en rationaliser davantage l’usage.
Sa technique elle-même refuse le tout-abstrait sans pour autant s’enfermer dans un réalisme strict. Certaines zones d’un tableau peuvent être traitées de façon abstraite, pendant que la morphologie générale du personnage reste reconnaissable. Une manière de tenir les deux bords à la fois.
Un cadre taillé pour l'art
Le choix de L’Illustré n’est pas anodin. Le restaurant, habitué à accueillir des expositions temporaires, offre un écrin en pans de bois typique de l’architecture troyenne. Pour l’artiste, l’endroit cumule plusieurs atouts : un lieu chargé d’histoire, une clientèle touristique de passage et une atmosphère propice à la contemplation.
L’exposition se poursuit jusqu’à la fin de l’été.