Le tribunal de commerce de Troyes a rendu sa décision le 20 octobre : la bonneterie Chanteclair, implantée à Saint-Pouange, est placée en redressement judiciaire. En cause, le décalage de deux commandes qui devaient couvrir près de six mois d’activité. Un coup dur, mais que son président, Thomas Delise, refuse de vivre comme une fatalité.
Une filière fragilisée de toutes parts
Les difficultés de trésorerie ont commencé en 2022, quand les grandes marques françaises et internationales ont revu leurs stratégies d’approvisionnement. Chanteclair a alors subi les effets en cascade des tensions qui traversaient toute la filière textile auboise. La liquidation d’Aubes Tricotage et le redressement judiciaire de France Teinture ont aggravé la situation : des retards de livraison ont entraîné la perte de clients pourtant satisfaits de la qualité des produits.
À cela s’ajoute le repli du marché du luxe en Chine, qui a poussé plusieurs donneurs d’ordre à se tourner vers le Portugal ou l’Italie. Le portefeuille clients de Chanteclair, qui comptait 80 références régulières après la crise sanitaire, est tombé à moins de 30 aujourd’hui.
année de fondation de la bonneterie Chanteclair
clients réguliers après la crise sanitaire
clients réguliers aujourd’hui
salariés actuellement
Un redressement vécu comme un tremplin
Thomas Delise ne cache pas les difficultés, mais il revendique une gestion responsable de la crise. L’entreprise a réglé l’ensemble de ses fournisseurs pour éviter de propager des problèmes de trésorerie au reste de la filière. Une posture assumée, même si elle n’a pas suffi à rassurer tous les partenaires commerciaux.
On l'a pris comme étant un tremplin, pas comme une descente aux enfers. On a été honnête, on a payé tous nos fournisseurs pour justement éviter que d'autres entrepreneurs se retrouvent dans des difficultés de trésorerie aussi.
La marque Elacio comme bouée de sauvetage
Pour redresser rapidement la situation, Thomas Delise mise sur plusieurs leviers. Le principal : relancer Elacio, la marque de prêt-à-porter haut de gamme créée par l’entreprise en 2018. Depuis 1973, Chanteclair maîtrise l’intégralité du processus, de la conception des modèles au choix des matières, jusqu’à la découpe et la confection. Un savoir-faire rare dans le segment du luxe français.
Les pièces seront vendues en ligne. Des tarifs élevés pour le grand public, mais très inférieurs à ceux pratiqués par les grandes maisons de luxe, selon le président. Une nouvelle collection doit être présentée début novembre.
On va essayer de redémarrer la marque Elacio pour pouvoir récupérer la trésorerie immédiate, ce qui permettra aux particuliers de participer au sauvetage de l'entreprise.
Diversification et indépendance
En parallèle, l’entreprise entend diversifier ses sources d’approvisionnement pour réduire sa dépendance et les risques. Thomas Delise évoque déjà des commandes atteignant 10 000 pièces avec de nouveaux clients désormais fidélisés. À ce stade, il exclut toute fusion ou rachat par un groupe extérieur : Chanteclair entend rester indépendante et retrouver seule son équilibre financier.
Sur le même sujet, la filière textile auboise avait récemment attiré l’attention du gouvernement : Trois ministres en visite dans l’Aube mardi sur le sujet de la filière textile
