Huit chefs d’entreprise face à huit jeunes en recherche d’emploi, dans la même salle, autour d’un même objectif : créer du lien. Le 20 octobre, la maison de l’animation et de la culture de Pont-Sainte-Marie a accueilli la première édition auboise de « Patron(s) dans ma ville », un dispositif national porté localement par France Travail et le club Les Entreprises s’engagent de l’Aube.
Le principe est simple : des dirigeants se confient, racontent leur parcours, leurs recrutements, leurs attentes en alternance avec des jeunes en recherche d’emploi. Ces brèves présentations se poursuivent avec un forum ouvert à une quarantaine de jeunes issus des quartiers prioritaires.
Le savoir-être avant le diplôme
Parmi les huit entreprises présentes, les secteurs représentés couvraient un large spectre : restauration rapide, industrie, services funéraires. Assa Abloy cherche des opérateurs de production, des conducteurs de lignes automatisées, des caristes ou des techniciens de maintenance. Les pompes funèbres Sylvestre forment elles-mêmes leurs conseillers funéraires et recrutent également des porteurs et des marbriers.
Le message des recruteurs converge sur un point : le diplôme n’est pas toujours déterminant. « Ils avaient ce goût pour la mécanique, et bien ça faisait très bien l’affaire au sein de l’entreprise, même s’ils n’avaient pas eu de diplôme », témoigne l’un des participants. Ce que les employeurs recherchent en priorité, c’est la motivation et les savoir-être.
Des parcours qui parlent aux jeunes
Noémie Ledit, 21 ans, illustre le profil visé par l’événement. Elle a travaillé dans le bâtiment comme plâtrière, posé du placo, réalisé des enduits, puis enchaîné avec un poste de serveuse pour financer son permis de conduire. Ce jour-là, elle est venue « à la recherche de ce qu’elle veut faire ». Pas de projet arrêté, mais une volonté de s’ouvrir à d’autres horizons.
Face à elle, Retouane Belgherbi, gérant de six établissements de restauration rapide, a raconté ses débuts chez McDonald’s, où il était entré « pour gagner un peu d’argent et aider les parents ». Il est ensuite passé de directeur adjoint à directeur, avant de se lancer à son compte. « Il faut croire. Moi, j’étais à votre place il n’y a pas longtemps », a-t-il dit aux jeunes présents.
On se met un peu à nu pour parler de soi-même. On va créer de la relation. Et c'est l'objectif de France Travail, c'est de mettre les gens en relation pour que derrière, des carrières se fassent.
Un accompagnement concret, pas seulement une rencontre
L’événement ne se limite pas à une prise de contact. Fabien Forgeot, directeur d’Assa Abloy, a décrit comment il oriente concrètement les candidats : proposer une immersion pour découvrir la maintenance industrielle, puis, si l’intérêt est confirmé, transmettre les coordonnées du pôle formation. Une démarche progressive, adaptée à des profils qui n’ont pas encore de qualification dans le secteur.
Le dispositif bénéficie du soutien de l’État et du département de l’Aube. De nouvelles conventions sont prévues avec L’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) et le MEDEF pour renforcer l’inclusion. Anne-Marie Zeltz, vice-présidente du Conseil départemental, a rappelé l’enjeu financier et humain derrière ces actions.
Je sais que le RSA a mauvaise presse. Il y a des personnes au RSA qu'on ne sortira jamais. Mais à côté de ça, il y a toute une partie de cette population qui a envie de retravailler.
jeunes issus des quartiers prioritaires présents au forum
Les barrières que l'on peut se mettre au quotidien, c'est souvent des freins qui n'ont pas lieu d'être.
Pour Aurélie Kuhn-Sué, chargée de l’animation du club Les Entreprises s’engagent, cette première édition auboise de « Patron(s) dans ma ville » ouvre la voie à de nouvelles rencontres du même type. Les conventions à venir avec le monde industriel et patronal devraient élargir le cercle des entreprises participantes et toucher davantage de jeunes en recherche d’orientation ou de reconversion.