Le 6 août à 6h30, les ciseaux entrent dans les rangs. Vincent Finot, viticulteur à Montgueux, lance ses vendanges avec plusieurs semaines d’avance sur le calendrier habituel. Une première dans sa carrière, et dans la mémoire familiale. Son grand-père récoltait fin septembre, parfois début octobre. Lui termine déjà ses chardonnays en plein cœur de l’été.
La chaleur a tout accéléré
La sécheresse et les fortes chaleurs de cet été 2026 ont précipité la maturité des raisins à une vitesse inhabituelle. Le degré alcoolique potentiel dépasse déjà 11 degrés, contre une moyenne attendue autour de 10. L’acidité, elle, a chuté de 8,5 à 6,6 en l’espace d’une seule semaine — un seuil critique qui a déclenché l’urgence.
J'étais arrivé à un taux critique à 6,6. Là, il ne faut vraiment plus attendre. La semaine dernière, on est passé tout de suite du vert au doré en deux jours de temps. Moi, je n'ai jamais connu ça.
Le viticulteur décrit des raisins qui ont viré au doré en quarante-huit heures, là où ce changement prend habituellement une semaine. La peau, d’ordinaire épaisse et opaque, laisse désormais apparaître le jus à travers. Attendre davantage aurait signifié une surmaturité irréversible et des arômes vinaigres. Pour préserver la qualité de ses jus, le viticulteur a obtenu une dérogation auprès du Comité Champagne, lui permettant de commencer avant la date officielle.
août, date de la première vendange à Montgueux
g/L d’acidité, contre 8,5 une semaine plus tôt
grammes par grappe en moyenne, contre 160 les années précédentes
Des pressoirs difficiles à trouver en plein mois d'août
Vendanger début août impose une autre contrainte : trouver des pressoirs disponibles. Les maisons de champagne, en vacances, n’étaient pas toutes prêtes à recevoir la récolte. Vincent Finot a dû négocier en urgence pour ne pas perdre en qualité.
Certaines maisons de champagne sont prêtes, ils étaient tous en vacances. Je remercie encore une fois Gaston Cheq à Meurville d'avoir ouvert pour moi le pressoir et bien vouloir presser pour ne pas perdre en qualité ces jus.
Un rendement sous pression
Si l’état sanitaire des raisins est jugé excellent, leur taille pose problème. Les grappes affichent un poids moyen de 135 grammes, contre 160 grammes les années précédentes. Résultat : atteindre le rendement de 8 800 kilos par hectare fixé par le Comité Champagne le 22 juillet dernier s’annonce difficile. Vincent Finot se souvient d’années où les rendements montaient jusqu’à 12 000 kilos par hectare.
Agriculteur polyvalent, il avait déjà bouclé sa moisson le 1er juillet. Deux records en un été. Une combinaison que ni son père ni son grand-père n’avaient jamais connue, et qui illustre, saison après saison, le bouleversement des rythmes agricoles dans l’Aube.
Les vendanges précoces ne concernent pas que Montgueux : la campagne de recrutement pour les vendanges 2026 dans l’Aube avait déjà anticipé un démarrage avancé. Le recrutement pour les vendanges ouvert via France Travail
