Dès 6 heures du matin ce mardi, les accès de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine ont été bloqués. Plus de 200 salariés du CNPE ont répondu à l’appel de la CGT et formé un piquet de grève au pied des tours aéroréfrigérantes, entraînant une mise en baisse de régime du site. Le mouvement s’inscrit dans une mobilisation nationale du secteur de l’énergie.
À l’origine du conflit : un rapport de la Cour des comptes qui pointe le coût des tarifs préférentiels d’électricité et de gaz accordés aux agents EDF et GDF. Un avantage en nature vieux de plusieurs décennies que les syndicats refusent catégoriquement d’abandonner.
Un avantage considéré comme partie intégrante du salaire
Pour les grévistes, le tarif agent n’est pas un privilège : c’est une composante du contrat de travail. Ils font valoir que leur grille de rémunération est restée, selon eux, en dessous de l’inflation depuis des années, et que cet avantage constitue une compensation salariale de fait.
Selon la Cour des comptes, environ 300 000 agents bénéficient de ce dispositif, pour un coût moyen annuel estimé à 381 millions d’euros depuis 2018. Rapporté au chiffre d’affaires d’EDF, cela représente 0,6 %. L’URSSAF dispose d’un barème propre à cet avantage, qui correspond, selon les manifestants, à une valeur comprise entre 1 500 et 2 500 euros par an selon la composition du foyer de chacun.
salariés mobilisés au CNPE de Nogent-sur-Seine
agents EDF et GDF bénéficiaires du tarif préférentiel
millions d’euros de coût annuel moyen depuis 2018
Des menaces sur la production si le gouvernement reste sourd
La CGT ne s’en tient pas à un simple avertissement. Les représentants syndicaux ont clairement évoqué la possibilité de perturber davantage la production en cas d’absence de réponse du gouvernement : baisses de charges et ralentissement de la maintenance de la centrale sont sur la table, tout en assurant que la sécurité et la sûreté nucléaires seraient préservées.
La centrale de Nogent-sur-Seine est déjà en baisse de régime depuis le début du mouvement. Si la mobilisation venait à s’intensifier, les conséquences pourraient se faire sentir au-delà du seul département de l’Aube.
« Ça fait partie du contrat de travail, comme un commercial qui a sa voiture de fonction. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’on a une grille de rémunération qui est depuis des années en dessous de l’inflation, donc on perd de l’argent et nos salaires en moyenne sont beaucoup plus bas. Le tarif agent fait partie d’une compensation de cette rémunération. ».
Un mouvement national, un épicentre local
Le piquet de grève de Nogent-sur-Seine s’inscrit dans un mouvement coordonné à l’échelle du pays, déclenché simultanément dans plusieurs centrales et sites d’EDF dès ce mardi matin. La centrale auboise, avec ses 200 participants rassemblés au pied des tours, figure parmi les mobilisations les plus visibles de la journée.
La suite dépendra désormais de la réponse — ou du silence — du gouvernement face aux revendications des agents. Les syndicats ont prévenu : ils sont prêts à aller plus loin.
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