Cent personnes dans les vignes, les yeux rivés sur les feuilles. Ce lundi matin, vignerons et ouvriers viticoles de Montgueux se sont mobilisés pour la prospection annuelle de la flavescence dorée, maladie de la vigne. Résultat de la matinée : 80 ceps marqués à la rubalise, voués à l’arrachage.
Une mobilisation collective, parcelle par parcelle
L’organisation est rodée. Chaque vigneron convoqué pour son secteur avance aux côtés de ses voisins. Dès qu’un pied suspect est repéré, le référent de secteur est alerté. Le cep est aussitôt signalé par une rubalise, noté sur une carte, et le bout de rang est également balisé. Rien n’est laissé au hasard : la maladie se propage vite.
Reconnaître les symptômes, avant qu'il soit trop tard
Sur le terrain, les signes à repérer sont précis. Pour qu’un pied soit marqué, au moins trois symptômes doivent apparaître sur un même rameau : feuilles recroquevillées et craquelées, nervures jaunissantes, bois non aoûté encore vert en fin de saison. Les insertions de feuilles sont aussi nettement plus courtes que sur un pied sain, et les grappes, quand elles sont encore visibles avant les vendanges, restent anormalement petites.
Cette année, le jaunissement des feuilles s’est peu exprimé, rendant la détection plus délicate. Les prospecteurs ont donc redoublé de vigilance sur les autres indicateurs.
La cicadelle, vecteur silencieux de la contamination
La flavescence dorée est causée par une bactérie présente dans la sève du cep. Son vecteur : la cicadelle, un insecte piqueur qui se nourrit de la sève des vignes. Saine au départ, la cicadelle devient contaminante dès qu’elle pique un pied malade. Elle propage ensuite la bactérie à chaque nouveau pied qu’elle touche. C’est ce mécanisme qui explique l’apparition de foyers circulaires : des ronds entiers de ceps malades au milieu d’une parcelle.
Une fois les pieds marqués, le Comité Champagne collecte les feuilles et les envoie en laboratoire pour confirmation. Les ceps identifiés sont ensuite arrachés. Il n’existe aucun traitement chimique ni naturel pour éradiquer la maladie.
vignerons et ouvriers viticoles mobilisés à Montgueux
ceps marqués comme suspects lors de la prospection
Un risque d'arrachage massif si la maladie s'amplifie
La menace est prise très au sérieux. Dans un premier temps, seuls les ceps symptomatiques sont arrachés. Mais si les foyers s’étendent, des campagnes d’arrachage obligatoires peuvent être ordonnées — comme c’est déjà le cas dans certains secteurs de la Marne. Sans intervention, la contamination peut progresser d’une parcelle à l’autre jusqu’à détruire un vignoble entier.
Le changement climatique ajoute une pression supplémentaire. De nouvelles maladies apparaissent, portées par des virus qui n’existaient pas il y a quelques décennies. La nature s’adapte, et les vignerons doivent s’adapter avec elle — sans filet de sécurité chimique.
D’autres prospections sont prévues dans les prochains jours sur d’autres secteurs du département de l’Aube.