Avant le 15 août, personne n’y croyait vraiment. Et pourtant : cette année, les vendanges ont démarré dès le 6 août à Montgueux et le 12 août dans la Côte des Bar, du jamais-vu dans l’Aube. Derrière cette précocité record des vendanges 2026, une réalité climatique et économique qui inquiète la filière champenoise.
Un millésime pris de court par la météo
Gels printaniers, canicule, sécheresse : la saison a laissé des traces dans les vignes. Le taux de sucre des raisins est déjà élevé à la mi-août, mais les acidités, elles, sont faibles. « On est sur quelque chose d’un peu plat », résume Jacky Chaput, vigneron à Arrentières et représentant de la deuxième génération familiale à la tête du Champagne Jacques Chaput. « On a été un peu pris de court. Avant le 15, c’était quelque chose de pas imaginable au départ. »
La sous-préfète de Bar-sur-Aube, Sabah-Nora Faouzi, a pu constater la situation ce mardi. Les rendements espérés chez ce vigneron se situent entre 4 000 et 5 000 kilos de raisin par hectare, bien loin du quota fixé par le Comité Champagne à 8 800 kilos. Des vendanges plus maigres, donc. Et aussi plus courtes.
août : date de début des vendanges à Montgueux, la plus précoce du département
kilos par hectare : quota fixé par le Comité Champagne
kilos par hectare au maximum espérés par Jacky Chaput cette année
Des équipes locales de moins en moins nombreuses
Il y a trente ans, les vendanges dans l’Aube mobilisaient des équipes de locaux, étudiants, chômeurs ou simples saisonniers attirés par l’ambiance et un revenu d’appoint. Ce temps est révolu. « Même des équipes de locaux, à la tâche, on n’en trouve plus », constate Jacky Chaput. « On va recruter 18 personnes le jour J, on va en avoir que 12. »
Plusieurs raisons expliquent ce désintérêt. Pour une personne indemnisée par France Travail, le calcul est vite fait : le salaire de base des vendanges, une fois les charges déduites, n’est guère compétitif. À cela s’ajoutent des problèmes de mobilité, pointés par la sous-préfète, qui compliquent l’accès aux exploitations.
Certaines maisons de Champagne ont donc pris le virage de la prestation il y a plusieurs années : elles recrutent désormais en Roumanie, en Bulgarie, parfois en Pologne. Jacky Chaput, lui, reste fidèle à un prestataire qui lui fournit entre 18 et 24 vendangeurs roumains.
Ça fait plus de 30 ans qu'on travaille avec des prestataires. Avant, c'était des équipes de locaux, de tâcherons, qui étaient gérées par des locaux. Et au fur et à mesure, ça a évolué. Et maintenant, même des équipes de locaux, à la tâche, on n'en trouve plus.
Une vendange qui coûte plus cher
La pénurie de main-d’œuvre locale a un prix. Quand les rendements s’effondrent, les vendangeurs venus de loin s’attendent malgré tout à un revenu minimum. « Vu qu’il n’y a pas de raisin, s’ils viennent pour gagner 500 euros pendant les vendanges, ce n’est pas possible », explique Jacky Chaput. « Il faut augmenter la paye d’au moins 50 %. Par contre, il y a les charges qui vont avec. » Le résultat : une vendange qui coûte parfois plus cher que les années ordinaires, pour une récolte bien inférieure.
Les stocks de vins de réserve, déjà entamés, continuent de diminuer. Le vigneron a alerté la sous-préfète sur ce point lors de sa visite. « Il ne faut pas qu’on se retrouve avec encore une année supplémentaire comme ça, parce que ça va devenir un peu compliqué pour pas mal de structures. La Champagne, contrairement à ce que pas mal de gens croient, ce n’est pas immuable. »
Une des solutions, a consisté à armer cette cellule vendange, qui a enregistré un nombre d'inscriptions vraiment en très grande croissance et en très grande progression depuis son premier déploiement l'année dernière.
Une cellule vendange pour rapprocher chômeurs et vignerons
Face aux difficultés de recrutement, les services de l’État de l’Aube et de la Marne ont renforcé depuis l’an passé leur coopération autour d’une cellule vendange. Son rôle : mettre en relation les demandeurs d’emploi et les exploitants viticoles, en s’attaquant notamment aux obstacles de mobilité. La sous-préfète fait état d’une « satisfaction certaine » des deux côtés et d’une progression notable des inscriptions par rapport à la première édition.
Du côté de la maison Jacques Chaput, une autre piste est envisagée pour consolider l’activité à long terme : la modernisation de l’offre œnotouristique, une façon de diversifier les revenus.
Pour en savoir plus sur le recrutement des vendangeurs dans l’Aube cette saison : Le recrutement pour les vendanges ouvert via France Travail
