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Emission Spéciale Jardin
Émission du 25/04/2024 à 17:00
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24 septembre 2026 à 17:48
Du jamais vu depuis la création du site en 1964. La campagne betteravière 2026 du site Cristal Union d’Arcis-sur-Aube s’annonce comme la plus difficile de son histoire, frappée simultanément par la sécheresse, la canicule et une maladie fongique dévastatrice.
Au centre de réception de l’usine, la réalité saute aux yeux. Thibaut Vaissière, directeur du site, montre trois types de betteraves : les belles, rares cette année, les petites et sèches victimes du manque d’eau, et les pourries, attaquées par le rhizopus. « On sortira zéro gramme de sucre de cette betterave-là », tranche-t-il.
Le rhizopus est un champignon naturellement présent dans le sol. Il lui faut quatre à cinq jours consécutifs à plus de 30 degrés pour proliférer. Cette année, les canicules ont démarré dès mai, et se sont succédé tout l’été. Résultat : le champignon s’est propagé à une vitesse inédite, souvent invisible depuis la route. Thibaut Vaissière le confirme : une parcelle qui paraît saine peut afficher 24 % de betteraves pourries à l’intérieur.
Steve Godard, agriculteur et président de la section Cristal Union d’Arcis-sur-Aube, a découvert le désastre le 20 août sur son exploitation. Son technicien commence à couper les betteraves et trouve des racines qui pourrissent de l’intérieur. Une semaine plus tard, sans aucune intervention, la situation est « catastrophique ». Aujourd’hui, 60 % de sa sole betteravière ne sera pas arrachée. À 3 000 euros de l’hectare en coût de production, un agriculteur cultivant 20 hectares perdrait environ 60 000 euros s’il ne récolte pas.
Face à l’urgence, Cristal Union a pris une décision sans précédent : démarrer la campagne sans produire de sucre. En moins d’une semaine, le processus de transformation a été entièrement revu. Les betteraves trop dégradées pour donner du sucre sont orientées vers la distillerie pour produire de l’alcool. « Démarrer une sucrerie sans produire de sucre, on n’a jamais vu ça », reconnaît Thibaut Vaissière. La moitié des équipements habituels reste à l’arrêt. Le personnel a été rappelé plus tôt que prévu, les saisonniers convoqués en urgence. En dix jours, toute l’organisation du site a été repensée.
Trois seuils ont été définis : en dessous de 20 % de dégradation, les betteraves partent en sucre ; entre 20 et 30 %, en alcool ; au-delà, la solution reste à trouver. Pour ralentir la progression du champignon, les agriculteurs ont reçu la consigne d’arracher leurs betteraves au maximum 48 heures avant l’enlèvement, contre une semaine à dix jours en temps normal.
Sur les 34 000 hectares cultivés dans la zone d’Arcis, entre 10 000 et 12 000 pourraient ne pas être récoltés. Bertrand Languillat, président de la Confédération générale des betteraviers de l’Aube, dresse un tableau sombre : seulement 30 % des producteurs sont assurés, les négociations avec les assureurs et l’État sont engagées, mais sans réponse ferme. La filière betterave fait vivre transporteurs, intérimaires et éleveurs via la pulpe, coproduit essentiel à l’alimentation du bétail. La perte économique est estimée à un milliard d’euros à l’échelle nationale.