Il a fait monter l’ESTAC Troyes trois fois en Ligue 1 et décroché le titre de champion de France de Ligue 2 en 2015. Mais depuis quelques mois, le nom de Jean-Marc Furlan est associé à une tout autre réalité : l’ancien entraîneur souffre d’une maladie neurodégénérative, une DLFT — démence frontotemporale. C’est sa femme, Cécile Traverse-Furlan, qui a choisi de le révéler publiquement à travers un livre.
Briser le silence plutôt que subir les rumeurs
Face aux rumeurs qui circulaient sur l’état de santé de son mari, Cécile Traverse-Furlan a tranché. Garder le silence ou tout dire. Elle a choisi la vérité, au prix d’un inconfort assumé.
J'entendais ce qui se disait un peu sur mon mari, parce qu'il y a toujours des gens qui finissent par avoir besoin de vous le confier. Et je me suis dit, ok, ou tu acceptes ça, ou alors tu vas aller chercher un autre inconfort, l'inconfort de la mise à nu, l'inconfort de la vérité, ça va engendrer un certain nombre de choses. Sûrement pas facile pour toi qui as toujours aimé vivre cachée, qui as toujours aimé vivre dans son ombre, mais au moins, ce sera clair.
Le jeu de tête en accusation
Dans son ouvrage, Cécile Traverse-Furlan pointe une piste sérieuse : les commotions cérébrales à répétition subies par Jean-Marc Furlan durant sa carrière de défenseur central. Des anciens coéquipiers lui ont confié que le joueur restait après les entraînements pour multiplier les exercices de tête, dans une culture footballistique où la virilité et l’absence de peur constituaient un marqueur de statut.
J'ai des témoignages d'anciens coéquipiers à lui qui m'expliquent qu'il restait après les entraînements pour ajouter du travail. Parce que aussi, c'était une forme — encore aujourd'hui, même si moi j'ai tendance à défendre l'idée qu'aujourd'hui les joueurs sont plus précautionneux avec leur santé — mais effectivement, pour un défenseur central, c'était important de montrer qu'on était viril, agressif, qu'on n'avait peur de rien, ça donnait une espèce de statut.
Un quotidien fait de petites victoires
Au-delà du plaidoyer pour la prévention dans le football, le livre est aussi un témoignage intime. Cécile Traverse-Furlan décrit la vie avec un homme que la maladie transforme progressivement. Des moments de connexion — Jean-Marc Furlan , répétant les paroles de chansons françaises, regardant du football anglais — alternent avec des instants où le lien se distend.
Il regarde — alors le foot, c'est par cycle, en ce moment on est très football anglais, ne me demandez pas pourquoi. On est sur… il jouait du piano debout de Michel Berger. Bon, ben voilà, on joue avec cette chanson, c'est précieux, parce que là, t'es connecté à lui. Et c'est des moments comme ça, parce qu'il y a des moments, effectivement, où tu perds la connexion. Et bien sûr, plus ça avance, plus tu la perds, cette connexion précieuse.
Des séances d'orthophonie pour repousser la maladie
Des séances d’orthophonie et d’autres ateliers ponctuent désormais le quotidien du couple. Autant de petites victoires arrachées à la maladie, autant de temps gagné avant que la DLFT n’emporte définitivement la connexion entre les deux époux. Avec ce livre, Cécile Traverse-Furlan espère aussi que le monde du football prendra plus sérieusement en compte les risques neurologiques liés aux chocs répétés à la tête.
Le grand format disponible à 19h ce mercredi.
À lire également sur ce sujet : Le Mag sports : Cécile Traverse-Furlan, autrice du livre « le don d’une vie »
