Une production en chute d’un tiers, des réserves épuisées, des exploitants qui envisagent de tout abandonner. La Chambre d’agriculture de l’Aube a dressé un tableau sombre de la situation agricole du département, au terme d’une année marquée par les gels printaniers, la sécheresse et les épisodes de canicule.
Pour mesurer l’ampleur des dégâts, l’institution a diffusé pour la première fois un questionnaire auprès des exploitants. Quatre cents d’entre eux ont répondu. Les chiffres qui en ressortent sont sans équivoque.
% des répondants ont déjà envisagé d’arrêter leur activité
% ne sont pas sereins pour les six prochains mois
% se déclarent en difficulté ou ont besoin d’un accompagnement
millions d’euros de production agricole perdus dans l’Aube
Un tiers de la production envolé
Les vendanges illustrent à elles seules l’ampleur de la crise. Le quota fixé à 8 800 kilogrammes par hectare n’a pas été atteint dans le département. Les rendements sont estimés entre 5 000 et 6 000 kilogrammes par hectare, soit une perte de près d’un tiers. Toutes les filières sont touchées dans les mêmes proportions.
L’Aube génère habituellement 1,3 milliard d’euros de production agricole. Cette année, ce sont 300 à 400 millions d’euros qui manquent à l’appel. Et les conséquences dépassent le seul monde agricole.
Le département de l'Aube, c'est 1,3 milliard de production agricole. Si on y regarde aujourd'hui, on perd plus de 300-400 millions d'euros que le département ne produit pas. Toutes les filières sont aujourd'hui impactées et au-delà des agriculteurs, ça va avoir un impact sur les transporteurs, les réparateurs agricoles, les marchands de matériel.
Des réserves à zéro pour certains
La crise ne se limite pas à 2026. Pour nombre d’exploitants, elle s’étire sur plusieurs années. « 2024, 2025 pour certains et 2026, les vignerons vont taper dans leurs réserves, certains sont déjà à zéro », résume Vincent Martin, 1er vice-président de la Chambre d’agriculture. Une accumulation de mauvaises années qui fragilise des exploitations déjà sous tension.
Trois préoccupations majeures ressortent du questionnaire : les charges d’exploitation, les prix de vente et l’accès à l’eau. Des inquiétudes structurelles, que les aléas climatiques répétés ont transformées en urgences.
Rompre l'isolement, trouver des solutions
Au-delà du constat, ce questionnaire inédit vise aussi à rompre l’isolement des agriculteurs. Sur les 400 répondants, 40 ont demandé à être recontactés pour bénéficier d’un accompagnement personnalisé.
Il y a la cellule Réagir et du coup on a des leviers. Alors c'est pas une baguette magique, mais d'un autre côté ça permet aussi peut-être d'améliorer les situations ou du moins de donner des perspectives. Faire le tour des lieux, voir si on peut redémarrer, dans quelles mesures on peut redémarrer. Créer une nouvelle filière. Une nouvelle production. Peut-être que c'est faire autre chose, peut-être que c'est d'être double actif. Ça me fait même mal quand je dis ça, mais il existe du RSA pour les agriculteurs. À ce point-là, il ne faut rien exclure.
La Chambre d’agriculture envisage toutes les pistes : reconversion, double activité, nouvelle filière, voire recours au RSA agricole. Des options douloureuses, mais que l’institution refuse désormais d’écarter face à l’ampleur de la situation.
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