Quatre cents ans. C’est l’âge que le château de Barberey-Saint-Sulpice célèbre en 2026, une occasion de retracer le destin singulier de cette bâtisse Louis XIII nichée dans l’Aube. Construit en 1626 par Jean le Mairat, fils d’un manufacturier en bonneterie et maire de Troyes, le domaine n’a jamais été conçu comme une forteresse. C’était une maison d’agrément, pensée pour le plaisir et la représentation.
D'une place forte gallo-romaine à une demeure classée
Avant d’accueillir les Le Mairat, le site avait déjà une longue histoire. D’abord place forte gallo-romaine, il passa ensuite par de nombreux propriétaires au fil des siècles. C’est Charles de Choiseul Praslin qui vendit la propriété en 1596 à Louis le Mérat. Son fils Jean en hérita et fit bâtir le château tel qu’on le connaît aujourd’hui : une construction sur trois niveaux, caractéristique de l’architecture Louis XIII, reconnaissable à ses tableaux de briques décoratifs incrustés dans d’épais murs de pierre.
Cinquante ans de chantier, le projet d'une vie
En 1964, Bernard Cuny, alors cardiologue, acquiert le château dans un état de délabrement avancé. La façade est rongée de lichens, les persiennes posées au XIXe siècle ont abîmé la pierre, et par endroits la pluie s’infiltre à l’intérieur. Il faudra cinquante ans de travaux ininterrompus pour rendre au bâtiment sa cohérence architecturale.
Vous dire l'état dans lequel c'était, évidemment c'était assez misérable. À certains endroits il pleuvait, la façade était très abîmée par des persiennes qui avaient été mises au 19ème, c'était couvert de lichens, bref c'était en mauvais état.
Ce qui frappe dans la construction, c’est l’épaisseur des murs. Les tableaux de briques, souvent pris pour des éléments structurels, ne sont en réalité que décoratifs. Derrière eux, dans les parties les plus massives, la pierre peut atteindre un mètre d’épaisseur. Sur les grands pavillons, cette masse de pierre s’étend jusqu’au deuxième étage.
année de construction du château
ans de travaux de restauration
hectares composant le domaine
ans d’âge des platanes classés
Un jardin remarquable dessiné par le propriétaire lui-même
Le parc, classé jardin remarquable, est l’autre fierté du domaine. Bernard Cuny en a lui-même tracé les plans : quatre carrés, une allée médiane, des allées latérales et une perspective à l’italienne destinée à créer une illusion de profondeur. Plusieurs centaines d’arbres ont été plantés — platanes datant de 1804, peupliers d’Italie, cèdres bleus, tulipiers de Virginie. Les platanes, aujourd’hui âgés de plus de deux siècles, culminent entre 35 et 40 mètres.
En arrivant, on ne voit rien du tout. On n'entend rien du tout. On est loin dans le temps et dans l'espace. Et ça, c'est quelque chose qui est sans prix. Je reconnais que, dans une certaine mesure, je suis privilégié d'avoir acquis ça et d'avoir pu le restaurer. Mais je n'ai rien fait d'autre. Une fois que c'est commencé, c'est le projet d'une vie.
Un domaine qui s'ouvre peu à peu au public
Les visiteurs peuvent déjà découvrir les extérieurs du château — façades, grandes cheminées, toitures classées — ainsi que la maison forte du XVe siècle présente sur le domaine. Depuis peu, des événements ponctuent l’année : une chasse aux œufs de Pâques et, pour la première fois cette année, une fête des voisins. Bernard Cuny entend poursuivre dans cette direction.
Un autre château aubois qui ouvre ses portes au public chaque été : la fête du château de Turgy rassemble bien au-delà des 45 habitants
