Romilly-sur-Seine, connue comme « Romilly-la-chaussette », dissimule une autre facette de son passé industriel. L’Espace Vivant de la Bonneterie consacre jusqu’au 31 octobre une exposition temporaire aux métiers du cuir : cordonniers, bourreliers, selliers et tanneurs qui ont façonné l’économie locale pendant des siècles.
Pour retracer cette histoire, les quarante bénévoles de l’association Romilly Patrimoine ont mobilisé dix-huit mois de recherches.
En 1949, cinquante-trois artisans du cuir à Romilly
Les chiffres retrouvés dans les archives donnent la mesure de l’activité d’alors. En 1949, la ville comptait encore cinquante-trois personnes travaillant le cuir. Parmi elles, des cordonniers et des bourreliers, mais aussi des ouvriers affectés à l’atelier sellerie de la SNCF, dont les sièges étaient alors confectionnés en cuir.
L’exposition retrace également la géographie tannière de l’Aube. Des tanneries existaient à Bar-sur-Seine, à Bar-sur-Aube — dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui — ainsi que dans de nombreux villages. Romilly, elle, n’en possédait pas, mais s’approvisionnait dans ce réseau régional. Le rôle de l’écorce de chêne, indispensable pour produire le tannin et imperméabiliser le cuir, est mis en lumière dans l’exposition.
artisans du cuir travaillaient à Romilly-sur-Seine en 1949
année de fermeture de la dernière tannerie de l’Aube, à Villenauxe-la-Grande
visiteurs accueillis chaque année à l’Espace Vivant de la Bonneterie
Des machines centenaires remises en état de marche
L’un des atouts de l’exposition réside dans la mise en démonstration de machines restaurées. Les bénévoles les remettent eux-mêmes en état de fonctionnement avant de les présenter au public. Parmi elles, une machine à coudre datant de 1914, capable de coudre dans toutes les directions, illustre la précision exigée par le travail du cuir.
On a fait une vitrine spécifique sur les petites chaussures que les cordonniers faisaient, parce qu'il ne faut pas oublier que le métier de cordonnier mettait presque quatre ans d'apprentissage et qu'à la fin de leur apprentissage, ils devaient faire un objet. Et on les a agrémentées par des photos de cordonniers de Romilly-sur-Seine. Et comme je suis une fille d'artisan, j'avais à cœur de montrer tout ceci.
Des dons d'habitants au cœur de la collection
Les pièces exposées proviennent en grande partie des habitants de Romilly-sur-Seine. Une fille d’artisan a ainsi remis l’intégralité du matériel de son père à l’association, permettant la création d’une vitrine dédiée. Des photographies de cordonniers locaux complètent la présentation des outils, donnant un visage à ces métiers disparus.
Depuis l’an 2000, les quarante bénévoles recensent, collectent et archivent des milliers d’objets et de documents liés au patrimoine industriel de la ville. Les pièces présentées ne constituent qu’une infime partie de l’ensemble réuni.
Un futur musée dans les anciens établissements DupRÉ
Avec le soutien de la communauté de communes, l’association nourrit un projet de plus grande envergure : un déménagement vers les anciens établissements Dupré, l’usine la plus importante de Romilly, où plus de 1 500 personnes ont travaillé. Les grandes lignes de ce projet seront présentées au public le 20 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, accompagnées d’une maquette du futur musée. Aucune échéance n’est encore fixée, mais l’ambition est clairement posée.
En attendant, l’exposition sur les métiers du cuir est accessible chaque jeudi de 14h à 17h à l’Espace Vivant de la Bonneterie jusqu’au 31 octobre (2 rue Robert Galley). Chaque année, quelque 4 500 visiteurs franchissent les portes du musée.
Pour en savoir plus sur l’Espace Vivant de la Bonneterie et l’histoire de Romilly Patrimoine : GRAND FORMAT : l’espace vivant de la bonneterie conserve la mémoire de « Romilly chaussettes »
