Tout commence par un malaise, en septembre 2023. Alain est admis aux urgences de Romilly-sur-Seine. Il décède cinq mois plus tard, le 11 février 2024. Sa fille, Stéphanie Fournier, n’a pas accepté ce dénouement. Mi-juillet, elle a saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d’une requête contre le groupement hospitalier Aube-Marne, visant les établissements de Romilly-sur-Seine, Troyes et Bar-sur-Seine.
Représentée par maître Ludo, avocat à Reims, elle invoque un motif central : la non-dispensation de soins adaptés à l’état de santé de son père. L’autopsie et les dossiers médicaux ont été saisis pour être soumis à expertise. L’objectif est de déterminer si des manquements ont été commis dans sa prise en charge.
Une nuit aux urgences, une convulsion, deux AVC
Le soir de son admission à Romilly-sur-Seine, la situation dégénère rapidement. La mère de Stéphanie Fournier est autorisée à rentrer chez elle. À son retour, elle retrouve son mari en train de convulser. Le médecin de garde constate alors un accident vasculaire cérébral. Selon la plaignante, le seul traitement administré est un anticonvulsif.
Une IRM, pourtant demandée par un neurologue, n’aurait jamais été réalisée. Après des appels au Samu de la Marne, puis de l’Aube, Stéphanie Fournier obtient un transfert vers le service de réanimation du centre hospitalier de Troyes — trois jours après l’arrivée aux urgences. C’est là qu’un médecin réanimateur confirme à la famille qu’Alain a subi non pas un, mais deux AVC.
Le médecin arrive et dit : « Bah oui, il fait un AVC. » Le seul traitement qu'il a eu, c'est un anticonvulsif.
Infection nosocomiale, refus de soins palliatifs, mort à l'hôpital
Les complications ne s’arrêtent pas à Troyes. Selon Stéphanie Fournier, son père contracte une infection nosocomiale durant son séjour en réanimation — elle note d’ailleurs que le service a été fermé à compter du 22 septembre. Alain est ensuite transféré à Bar-sur-Seine.
Ses dernières volontés sont recueillies dans cet établissement. Mais la famille se heurte à un refus : sa demande de transfert à domicile, pour permettre à Alain de mourir chez lui, est rejetée pour des raisons médicales. L’état du patient nécessitait des aspirations régulières, incompatibles avec une prise en charge à domicile sans infirmière disponible en permanence.
La condition pour qu'il revienne au domicile, et nous en étions conscients, c'était qu'il soit étiqueté soins palliatifs, ce qui nous a été refusé.
Plainte classée sans suite, recours administratif engagé
Alain décède le 11 février 2024. Le mois suivant, Stéphanie Fournier dépose une plainte auprès de la gendarmerie. Le parquet se saisit du dossier et demande une expertise médico-légale. La procédure est finalement classée sans suite.
Loin de renoncer, la famille se tourne vers la voie administrative. Le tribunal de Châlons-en-Champagne est désormais saisi. Les pièces médicales, dont l’autopsie, doivent être analysées par des experts désignés par la juridiction. La décision permettra de déterminer si le groupement hospitalier Aube-Marne a commis des manquements dans la prise en charge du patient.
établissements mis en cause (Romilly-sur-Seine, Troyes, Bar-sur-Seine)
jours avant le transfert en réanimation à Troyes
AVC diagnostiqués chez le patient
Le groupement hospitalier Aube-Marne n’a pas répondu publiquement aux accusations formulées par la famille Fournier. La procédure devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne suit désormais son cours, sous l’autorité d’un juge qui devra trancher sur l’existence ou non de fautes dans la prise en charge médicale.
Un autre établissement de l’Aube au cœur d’une affaire judiciaire : Villenauxe-la-Grande : une surveillante agressée et une cellule incendiée au centre de détention
